Introduction

L’anguillulose, ou strongyloïdose, est une helminthose qui prédomine en zone tropicale, due à un nématode, Strongyloides stercoralis. Comme l’ankylostomose, elle se contracte essentiellement par la marche pieds nus en zone tropicale. En l’absence de traitement, son cycle interne d’auto-infection pérennise à vie le parasitisme. L’immunodépression de l’hôte, en particulier par un traitement corticoïde, peut entraîner une anguillulose maligne.

1  -  Épidémiologie

1 . 1  -  Agent pathogène

1 . 1 . 1  -  Adultes

Chez l’Homme, on ne connaît que la femelle dite parthénogénétique de S. stercoralis, ver rond blanchâtre, de 2 à 3 mm par 35 à 40 μm. Elle vit enchâssée dans la muqueuse duodénojéjunale et pond des œufs libérant rapidement des larves. Seules ces dernières sont retrouvées dans les selles. Dans le milieu extérieur, on rencontre des mâles et des femelles stercoraires libres.

En Afrique noire et en Asie, une anguillule du singe, Strongyloides fulleborni, peut parasiter aussi l’Homme.

1 . 1 . 2  -  Larves

L’éclosion ayant lieu très rapidement dans l’intestin, les œufs sont exceptionnellement retrouvés dans les selles. Ce sont le plus souvent les larves rhabditoïdes (à double renflement œsophagien ; figure 14.1) de 300 μm de long qui sont éliminées avec les selles. Dans l’intestin de l’Homme, les larves rhabditoïdes peuvent également se transformer en larves strongyloïdes infectantes (à œsophage rectiligne et queue bifide ; figure 14.2) de 500 μm de long capables de réinfection à travers la muqueuse du tube digestif ou de la marge anale sans passage par le milieu extérieur (cycle d’auto-infection).

Fig. 14.1 Strongyloides stercoralis (anguillule), larve rhabditoïde (300 × 15 μm)
Fig. 14.1 Strongyloides stercoralis (anguillule), larve rhabditoïde (300 × 15 μm).
Fig. 14.2 Strongyloides stercoralis (anguillule), larve strongyloïde (500–600 × 15 μm)
Fig. 14.2 Strongyloides stercoralis (anguillule), larve strongyloïde (500–600 × 15 μm).

1 . 2  -  Cycle

Le cycle évolutif de S. stercoralis est résumé sur la figure 14.3.

Fig. 14.3 Cycle évolutif de l’anguillule
Fig. 14.3 Cycle évolutif de l’anguillule.

➊ à ➏ Cycle larvaire ou sexué libre dans le milieu extérieur. ➐ et ➑ Migration tissulaire et installation de la femelle dans le duodénum. ➒ et ➓ Ponte des larves. Possibilité d’autoinfestation.

Le cycle fait appel à deux modes de reproduction : parthénogénétique chez l’Homme, sexué dans le milieu extérieur. Trois modalités sont possibles :

  • cycle long externe sexué : la larve strongyloïde contamine l’Homme par voie transcutanée (marche pieds nus) et gagne le poumon par voie lymphatique ou sanguine. Après avoir traversé la paroi de l’alvéole pulmonaire, elle gagne les bronches puis la trachée. Elle est déglutie, gagne l’intestin grêle, devient une femelle adulte parthénogénétique qui s’enfonce dans la muqueuse et y pond ses œufs. Les œufs éclosent dans la muqueuse intestinale, les premières larves rhabditoïdes apparaissent dans les selles 27 jours après la contamination. Une température du sol supérieure à 20 °C favorise la transformation des larves rhabditoïdes émises dans les selles en adultes libres stercoraux capables de fécondation. Dans le milieu extérieur, les œufs pondus libèrent des larves rhabditoïdes de seconde génération, capables de devenir des larves strongyloïdes infestantes (cycle stercoral) ;
  • cycle court externe asexué : dans certaines conditions extérieures, les larves rhabditoïdes se transforment directement en strongyloïdes infectantes ;
  • cycle direct endogène ou d’auto-infection : lors de transit intestinal ralenti, les larves rhabditoïdes se transforment en larves strongyloïdes infestantes directement dans l’intestin de l’homme contaminé, ce qui favorise la chronicité parfois très prolongée de cette parasitose.

1 . 3  -  Répartition géographique

L’anguillulose se rencontre dans tous les pays tropicaux et subtropicaux (figure 14.4). Elle est observée dans le sud de l’Europe (Italie, Espagne). En France, les cas sont habituellement importés (Antilles, Réunion, Comores…) ; cependant, la contamination autochtone reste possible.

Fig. 14.4 Répartition géographique de l’anguillulose
Fig. 14.4 Répartition géographique de l’anguillulose
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