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Les gestes pour montrer et démontrer

Les gestes pour montrer et démontrer

  • La gestualité est l'ensemble des comportements non verbaux qui accompagnent les interactions dans la classe et qui participent au processus d'enseignement-apprentissage (Kammoun & Amade-Escot, 2007 ; Mahut, Mahut, Gréhaigne & Masselot, 2005).

Son importance « semble d'autant plus grande que la transmission verbale bute, précisément, sur la difficulté de tout dire », avancent Vigarello & Vivès (1989, p. 13). Ces auteurs soulignent le rôle précieux du geste de l'entraîneur ou de l'enseignant pour aider l'apprenant, notamment grâce à sa fonction visuelle : « parmi les messages à vocation visuelle, les plus décelables, et apparemment les plus banals, sont ceux qui désignent des emplacements et des lieux : le doigt pointé sur une distance à franchir, sur une position d'appui, sur une angulation de membre » (ibidem, p.16).

Parmi les rétroactions non-verbales, l'enseignant peut recourir à différents gestes, accompagnés ou non de paroles, et qui ont un sens bien particulier suivant le contexte. Nault (1998) souligne notamment l'importance du sourire, de la direction du regard, du contact visuel et du toucher, pour superviser et guider la pratique des élèves. On assiste là à une véritable mise en scène corporelle de l'enseignant où ses communications gestuelles, comme posturales, sont au service de l'efficacité de son enseignement (Boizumault & Cogérino, 2010, 2015 ; Brun-Bezombes & Gal-Petitfaux, 2006).

  • Des études ont permis de catégoriser les gestes du professeur et d'identifier leur fonctionnalité.

Kammoun & Amade-Escot (2007) par exemple identifient cinq grandes catégories gestuelles : (a) les gestes spatio-indiciels, pour désigner (le panneau, le filet, une action, le sens du regard, l'orientation de la tête, le banc, une personne...) ; (b) les gestes illustratifs, pour démontrer ou reproduire un mouvement ; (c) les gestes représentationnels, pour représenter ou évoquer une partie du corps ; (d) les gestes de manipulation, pour aider un élève à réaliser le mouvement, (e) les gestes symboliques, servant de codes conventionnels établis dans la classe.

  • Les gestes spatio-indiciels dont la fonction est de désigner, sont des gestes d'ostension.

Très utilisés en EPS, ils visent à montrer, indiquer ou faire identifier rapidement dans l'action. Lorsqu'ils accompagnent les mots, ils visent à renforcer ces mots : « tout aussi proche de la parole est le geste qui « confirme » ou « renforce » le message en l'accompagnant de manifestations physiques » (p. 13). Vors & Gal-Petitfaux (2009) ont étudié la gestualité de l'enseignant d'EPS dans les classes difficiles en Réseau Ambition réussite. Ils observent que les enseignants recourent fréquemment à des gestes d'ostension (désigner) et d'ostentation (mettre en visibilité publique pour faire partager) au cours d'une leçon, leur permettant de satisfaire trois intentions : maintenir le contrôle de la classe et neutraliser les transgressions fréquentes des élèves, en désignant ces derniers subrepticement du doigt pour les dissuader ; et engager les élèves dans une dynamique positive d'apprentissage en intervenant ostensiblement sur le travail qu'il fournisse pour souligner publiquement, d'un geste et d'une voix forte, leurs efforts et leurs réalisations. Par cette mise en visibilité corporelle, associée à sa communication verbale, l'enseignant concentre l'attention collective des élèves sur les règles de vie à respecter et sur ce qu'il y a à apprendre.

  • Les gestes illustratifs, pour démontrer ou reproduire un mouvement, sont également très fortement utilisés par l'enseignant pour corriger et guider l'élève en train d'apprendre. 

Le rôle de la démonstration dans l'apprentissage est un aspect important dans le cadre de l'apprentissage socio-cognitif par observation (ASCO) (Carroll et Bandura (1982). Selon cette perspective théorique, l'observation d'un modèle externe sert à la construction d'un modèle interne qui fait fonction de guide pour l'observateur lors de ses tentatives ultérieures de résolution de problème. L'observation d'un modèle externe, accompagnée d'explications verbales (démonstration explicitée) ou sans explication (modélisation), serait particulièrement efficace au début de l'apprentissage pour l'acquisition d'une coordination motrice nouvelle. La démonstration explicitée et la modélisation sollicitent quatre processus particuliers favorisant l'apprentissage (op. cit.) :

- des processus attentionnels (sélectionner les indices pertinents, représentation mentale grâce à l'imagerie visuelle)

- des processus mnésiques (mémoriser les comportements observés)

- des processus de reproduction motrice (traduire les représentations en action)

- des processus de motivation (enthousiasme et sentiment de d'efficacité personnelle).

Extrait d'un entretien conduit avec un enseignant aidant une élève de 5e en difficulté de jonglage au mur en Volley-Ball.

L'enseignant (EG) se dirige vers un binôme d'élèves faisant des jonglages au mur, et prend leur ballon :

- EG : donc... l'objectif ce n'est pas de détruire le mur d'accord ?... Donc simplement orienter tes mains je vous l'ai dit la dernière fois... là ici, d'accord ? ça marche ? Donc là, je pousse... ici ... là, d'accord ? J'essaie d'avoir une poussée avec le bout des doigts. D'accord ?

Chercheur (CH) : qu'est-ce que tu dis à ce moment-là quand tu vas voir les filles ? Qu'est-ce qui te fait agir comme ça ?

- EG : là dans ce groupe là c'est une difficulté parce qu'il y a d'autres élèves vers qui je suis allé qui étaient visiblement en réussite et là donc il y a peut-être d'autres choses à apporter

- CH : tu dis c'est une difficulté mais tu la qualifierais comment ?

- EG : ben là, pour le coup... comment dire... le contact main/ballon se fait carrément avec les mains plaquées sur la balle alors que moi, ce que j'ai demandé c'est d'essayer de manipuler cette balle avec le bout des doigts pour pouvoir l'orienter de manière plus adéquate et éviter cette grande pression dans la balle et donc généralement de rabattre la balle vers l'avant.

- CH : donc ce serait plutôt une difficulté...

- EG : de manipulation motrice. Et puis l'autre... enfin motrice d'une part et liée aussi à une perception. Plus la balle va descendre le long du mur et plus je vais avoir une pression... oui enfin une pression qui va être vers l'avant. Donc pour le coup ma consigne porte sur une cible... même si elle est pas... comment dire... même si elle est pas clairement dessinée au mur... ce que j'aurais pu faire. En fait ici je veux qu'elle ait un jeu au-dessus de la ligne des épaules, à partir du moment où le ballon redescend en dessous de la poitrine ça va devenir compliqué de renvoyer en passe haute.