4  -  Principes généraux de prescription thérapeutique chez le sujet âgé

L’âge en soi ne contre-indique pas un traitement mais il peut en modifier les objectifs et les modalités. La fréquence des EIM chez les sujets âgés ne doit pas conduire à leur refuser des traitements actifs capables d’améliorer leur santé et leur qualité de vie. Dans tous les cas, l'acte thérapeutique ne se limite pas à la prescription de médicaments. Il comporte aussi une approche non  médicamenteuse  et  psychologique. Tout ce qui peut maintenir l’autonomie et la qualité de vie du sujet âgé ne passe pas obligatoirement  par  la  prescription  de médicaments.

Il est possible de dégager certains principes généraux de prescription, qui correspondent d'ailleurs aux recommandations  récentes  de  l’Agence  Nationale d’Accréditation et d’Évaluation des Soins (ANAES) et aux recommandations ministérielles  (Ministère  du  Travail  et  des Affaires Sociales, Secrétariat d'Etat à la Santé et à la Sécurité Sociale 1997).

4 . 1  -  Avant la prescription

  • Ecouter, examiner

La prescription d’un médicament n’est pas toujours la réponse la plus adaptée à la plainte du patient. Des troubles du sommeil  peuvent  être  améliorés  en agissant sur l’hygiène de vie, et ne nécessitent  pas  obligatoirement  des psychotropes.

  • S'assurer d’un diagnostic

L'absence de diagnostic précis conduit à ne traiter que des symptômes et à multiplier  les  prescriptions  médicamenteuses et les risques d'effets indésirables. A titre d’exemple, il est indispensable de rechercher la cause d'une confusion, d'une anxiété, d'un amaigrissement, d'une anémie microcytaire ou d'oedèmes des membres inférieurs afin d'en déterminer le traitement étiologique approprié et efficace. Ceci est d'autant plus important en raison du risque d’évolution en cascade (anémie par saignement aggravant une insuffisance cardiaque). Un traitement uniquement symptomatique peut retarder le diagnostic ou conduire à la prescription de médicaments dangereux. L’utilité d’un traitement uniquement symptomatique doit être discutée de façon critique.

  • S ’assurer que la plainte exprimée par le patient n’est pas liée à un EIM.

Par exemple, face à des vomissements chez une personne âgée qui prend de la digoxine au long cours et qui vient de faire  une  bronchite  aiguë  fébrile, rechercher un surdosage en digoxine avant de prescrire des anti-émétiques.

  • Connaître toutes les pathologies du patient et ses antécédents,

même lointains (notion de tuberculose ancienne qui peut ressurgir à l’occasion d’un traitement  par  corticoïdes  par exemple).

  • Connaître tous les médicaments pris par le patient
  • Hiérarchiser les pathologies

et fixer les objectifs du traitement en tenant compte du pronostic vital et fonctionnel du patient et de ses souhaits. Evaluer pour tout traitement le rapport bénéfice / risque.
Le degré de gravité potentielle de la maladie nouvelle et de l'ensemble des affections du malade doit être évalué : enjeu vital, retentissement sur la qualité de  vie,  maladies  dont  le  traitement devient moins important en fonction de leurs  risques  ou  des  plaintes  du malade.  Dans  la  décision  thérapeutique, l'amélioration de la survie doit s'accompagner d'une conservation de la qualité de vie. Ce concept de qualité de vie repose sur ce qui est important pour le patient âgé, ses priorités n’étant pas  obligatoirement  les  mêmes  que celles du prescripteur. La plainte du patient,  si  elle  est  négligée,  peut conduire à l’automédication.

Pour  chaque  traitement,  le  rapport bénéfice / risque doit être évalué : quel bénéfice apporte-t-on au patient avec ce traitement par rapport au risque qu’il encourt s'il ne lui est pas donné et au risque qu’il encourt s’il lui est donné ?

  • Connaître le poids,

la fonction rénale, la pression  artérielle  couché  et  debout, l’état d’hydratation et l’état nutritionnel.

  • Connaître l’état cognitif

et le mode de vie du patient, qui peuvent influer sur l'observance du traitement. L'évaluation de la capacité et de la disponibilité de l'entourage à assister le malade âgé est importante.

  • S'assurer

que le traitement que l'on envisage a fait l'objet d'une évaluation, voire d'un consensus.

  • Connaître

les principaux paramètres pharmacocinétiques des médicaments envisagés : voie d'élimination, demi-vie plasmatique, degré de fixation aux protéines, principales interactions médicamenteuses et principaux effets secondaires du traitement.

  • Choisir le médicament :

- ayant le moins d’effets secondaires et d’interactions,
- ayant la marge de sécurité la plus large,
- ayant la demi-vie la plus courte,
- le plus simple à prendre (1 prise/j si possible),
- ayant la voie d’administration et la forme galénique la plus adaptée aux handicaps  du  patient  (tremblements,  troubles  visuels,  troubles cognitifs, difficultés de préhension manuelle,  mobilisation  limitée  de l’épaule pour les collyres...).

En cas de médicament à élimination rénale, adapter la posologie à la fonction rénale. En cas de médicament à marge thérapeutique étroite, commencer par des posologies faibles et augmenter  pro g ressivement.  Limiter  les doses de charge qui exposent à des pics sériques excessifs et à une majoration de la toxicité.

  • Eviter

la prescription de médicaments n’ayant pas fait la preuve scientifique de  leur  efficacité  (identifiés  dans  le Vidal par les mentions "proposé dans", "utilisé dans", "utilisé comme").
Ces  médicaments  viennent  allonger l’ordonnance et exposent au risque de mauvaise observance. Leur impact psychologique ne doit pas cependant pas être sous-estimé (médicaments vaso-actifs cérébraux en particulier).

  • Manier

avec prudence les nouveaux médicaments si leur évaluation chez le sujet âgé n’a pas été complète, car les malades âgés doivent aussi bénéficier des progrès thérapeutiques.

  • Eviter 

le double emploi en repérant tous les médicaments qui appartiennent à la même classe thérapeutique, qui contiennent le même principe actif ou qui ont des propriétés pharmacologiques communes en relation ou non avec  l'effet  thérapeutique  recherché ( propriétés  anticholinergiques  par exemple).

4 . 2  -  Lors de la prescription

Expliquer,  au  patient  âgé  et  à  son entourage  pour  chaque  médicament prescrit :
- son choix,
- son but,
- ses modalités,
- ses risques potentiels.

Expliquer par exemple les risques liés à l’arrêt  brutal  de  certaines  thérapeutiques  (corticoïdes,  benzodiazépines), expliquer qu’un médicament à libération prolongée ne doit pas être écrasé...

Rédiger une ordonnance lisible.

S’assurer que le traitement est bien compris (garantie d’une bonne adhésion), que son utilisation est possible, et qu’il pourra être pris (paiement et récupération).  Discuter  de  l’opportunité d’un  semainier  ou  de  l’intervention d’une tierce personne.

Tenir compte  des autres soins nécessaires : hydratation, nutrition, mobilisation.

Noter les prescriptions sur le carnet de santé, y compris les collyres et préparations dermatologiques.

Fixer la durée du traitement.

4 . 3  -  Après la prescription

Evaluer régulièrement le traitement :
- son efficacité,
- sa tolérance clinique et biologique,
- la nécessité de le poursuivre.

Savoir arrêter les médicaments.
La prescription doit être régulièrement évaluée afin d'éliminer certains produits devenus inutiles voire dangereux. Une  pathologie  interc u r rente  peut contre-indiquer  transitoirement  ou définitivement la poursuite d'un médicament  antérieurement  prescrit.  Les traitements  qui  doivent  obligatoirement être "pris à vie" sont très rares. La
modification  fréquente  des  prescriptions en milieu hospitalier doit s’accompagner d’une explication au patient si l’on veut qu’il adhère à son nouveau traitement et qu’il ne consulte pas, dès la sortie de l’hôpital, son médecin pour récupérer son traitement antérieur.

Programmer une surveillance clinique et paraclinique adaptée au traitement, en particulier si la marge thérapeutique est étroite (digitaliques, théophylline, anti-vitamine K).
La bonne tolérance initiale à un médicament n'exclut pas le risque d'effet indésirable  tardif,  favorisé  par  une affection intercurrente.

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